Les négatifs retrouvés de la guerre d'Espagne

Une exposition à voir au MAHJ, du 27 février au 30 juin 2013
« L'art de la photo, l'avant-garde de ce temps-là... Et puis casse-cou, hein ! Le courage... Robert Capa, Gerda Taro, Chim »

Louis Aragon

Capa / Chim /
Taro / Stein


Robert Capa
(Budapest, 1913 – Thai Binh, Viêt Nam, 1954)

Né Andre Friedmann, Robert Capa est l’un des plus célèbres photojournalistes du XXe siècle. Il quitte la Hongrie et sa famille, des tailleurs juifs de Budapest, à l’âge de dix-sept ans, pour cause d’activités gauchistes, et se réfugie à Berlin. Il s’inscrit à la Hochschule für Politik et étudie le journalisme. Sans ressources ni profession, et avec peu de connaissances en allemand, il se tourne vers la photographie pour gagner sa vie. En 1933, il s’installe à Paris, où il rencontre Chim, Stein et Taro. Il se fait rapidement connaître par ses photographies de la guerre d’Espagne, caractérisées par une proximité viscérale avec l’action, rarement vue auparavant. Au fil des pellicules retrouvées dans la valise mexicaine, on peut observer Capa se déplacer avec ses sujets, courir après l’action, essayer de comprendre et de ressentir les événements de la même manière que ses sujets. En 1947 Robert Capa fonde l’agence Magnum Photos avec Henri Cartier- Bresson, George Rodger et Chim.

Gerda Taro
(Stuttgart, 1910 – Brunete, Espagne, 1937)

Taro est l’une des premières femmes photojournalistes reconnues. Née Gerta Pohorylle, élevée à Leipzig dans une famille juive de classe moyenne, elle choisit de s’exiler à Paris en 1933, où elle rencontre « André » Friedmann et se lance dans la photographie. Au printemps 1936, ils se réinventent pour devenir Robert Capa et Gerda Taro. En août de la même année, ils partent pour l’Espagne en tant que photographes indépendants dans le but de documenter la cause républicaine pour la presse française. Pionnière du photojournalisme, elle consacre sa courte carrière presque exclusivement à la photographie dramatique des lignes de front de la guerre d’Espagne. Son style se rapproche de celui de Capa, mais diffère par son intérêt pour les compositions formelles et le degré d’intensité avec lequel elle photographie des sujets morbides. Taro travaille aux côtés de Capa, avec lequel elle collabore de près. Lors d’un reportage sur la bataille de Brunete, conflit décisif de la guerre d’Espagne, elle est mortellement blessée par un char. Elle est inhumée à Paris.

Chim (David Seymour)
(Varsovie, 1911 – Suez, 1956)

De son vrai nom Dawid Szymin, Chim grandit dans une famille d’intellectuels et d’éditeurs de livres en hébreu et en yiddish. En 1933, après avoir étudié les arts graphiques à Leipzig, il s’oriente vers la photographie pour gagner sa vie en poursuivant ses études à la Sorbonne. Bientôt reconnu pour ses photographies fortes des événements politiques liés au Front populaire, il collabore régulièrement avec le magazine communiste français Regards. Comme Capa, il couvre la totalité de la guerre d’Espagne. Mais contrairement à Capa et à Taro, qui cherchaient à se rapprocher de la ligne de front, la grande force de Chim est de s’intéresser aux individus en dehors du conflit, qu’il s’agisse de portraits officiels de personnages importants, d’images de soldats sur le front intérieur ou de paysans au travail dans des petites villes. À l’écoute de la politique complexe de la guerre, ses images sont chargées de sens et de nuances. Il est avec Robert Capa l’un des quatre fondateurs de l’agence Magnum Photos en 1947.

Fred Stein
(Dresde, 1909 – New York, 1967)

Né à Dresde, Fred Stein fait des études de droit. Interdit d’exercice parce que juif, il fuit l’Allemagne pour Paris en 1933, sous le prétexte d’une lune de miel avec sa femme. Là, il travaille comme photographe, s’intéressant aux scènes de rue et réalisant des portraits d’intellectuels et d’amis tels Hannah Arendt, Willy Brandt, Arthur Koestler ou André Malraux (il poursuivit toujours son activité de portraitiste). C’est par son intermédiaire que Taro, qui louait une chambre dans son appartement, rencontra Capa. Stein réalise des portraits d’elle à de nombreuses reprises en 1935 et 1936. Il finit par fuir la France via Marseille pour s’installer à New York.